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Un paysage monumental avec cascade par Hubert Robert

Hubert Robert (1733-1808), Paysage avec cascade, 1779. Huile sur toile, 260 x 385 cm. Château de Maisons-Laffitte © Patrick Cadet / Centre des monuments nationaux

Documentation

Fragonard et le voyage en Italie (1773-1774) : Les Bergeret, une famille de mécènes, cat. exp., L'Isle-Adam, Musée d'art et d'histoire Louis-Senlecq, 20 mai-30 sept. 2001 / [éd. sous la dir. de Frédéric Chappey]

Hubert Robert 1733-1808. Un peintre visionnaire, cat. exp., musée du Louvre, Paris, du 9 Mars 2016 au 30 Mai 2016 et à la National Gallery of Art, Washington, du 26 juin au 2 octobre 2016

Acquis en 1988 : vente Sotheby’s, Monte Carlo, 02.12.1988 sous le titre « Paysage de cascade contemplé par Huber Robert, son épouse et son valet »

Œuvres en rapport

En 1754, Hubert Robert part pour Rome sous la protection du comte de Stainville, ambassadeur de France et futur duc de Choiseul. Hubert Robert séjourne onze ans en Italie, en compagnonnage avec Fragonard et l’abbé de Saint-Non. Il rentre en France en 1765 précédé d’une solide réputation de paysagiste et est reçu à l’Académie royale l’année même de son retour.

Il exécute par la suite de multiples compositions d’après les croquis rapportés d’Italie. À cette production nourrie de souvenirs italiens s’ajoutent des représentations de Paris et de ses environs mais également d’édifices gallo-romains. Hubert Robert est probablement le premier artiste à s’être intéressé de si près aux vestiges antiques de la France : Le pont du Gard, La Maison carrée de Nîmes, L’Amphithéâtre de la Ville d’Orange… À partir des années 1770, suivant la mode pour les jardins anglais l’artiste réalise de nombreux paysages aux alentours de Paris, à Ermenonville, à Marly….

Le tableau a été commandé à l’artiste par Pierre Jacques Onésyme Bergeret de Grancourt, receveur général des finances à Montauban, grand amateur d’art et collectionneur, associé libre de l’Académie royale de peinture et de sculpture. Fragonard et Bergeret semblent s’être côtoyés dès le retour de l’artiste en France. Par la suite, de 1773 à 1774, le peintre accompagne l’amateur lors de deux voyages à travers l’Europe, en Flandres et en Hollande, puis en Italie et jusqu’à Vienne, Prague et Dresde. Lors de la vente après-décès Bergeret, neuf peintures et de nombreux dessins de Fragonard sont présents.

Les jardins laissés à l’abandon de la Villa d’Este à Tivoli, où Hubert Robert séjourne à l’été 1760, le marquent durablement par leur charme pittoresque. Ses tableaux d’après les cascatelles de Tivoli sont nombreux, mais aucun n’atteint ces monumentales dimensions. Pour exemple, celui du musée des beaux-arts de Pau, daté de 1768 soit dix années avant, n’est pas d’un mètre de large, tandis que celui conservé au musée des Beaux-arts de la Ville de Paris, daté de 1776, est encore plus modeste en taille. Dans les deux tableaux la scène du premier plan relève du pittoresque, avec des personnages autochtones s’adonnant à leur activité quotidienne.

Dans le tableau conservé à Maisons, l’artiste réalise une composition monumentale qui confronte statisme et mouvement. Les eaux de la cascade de Tivoli rebondissent sur les rochers et animent avec turbulence ce paysage au ciel menaçant. Au loin, le pont à arches qui n’est pas sans rappeler celui du Gard, mais aussi les hautes montagnes évoquent un cadre immuable dans l’ordre de la nature, et plus fragile dans l’ordre des constructions humaines. Opposition une civilisation destinée à la destruction et le temps saisi dans la sphère de la nature, en perpétuel écoulement.

Au premier plan, baignés dans une lumière dorée, trois personnes permettent de rendre l’échelle humaine dans ce tableau grandiose. Un homme, le carton à dessin sous le bras, qui pourrait figurer le peintre lui-même étant donné que l’artiste signe sur le carton, semble méditer alors que le couple désigne le spectacle avec agitation : s’agit-il de Bergeret et de l’épouse de Robert ?

L’ensemble incarne le charme de l’instant conquis sur le temps. Hubert Robert s’écarte de la tradition humaniste de la poétique des ruines, qui est une méditation sur l’histoire. Cette dernière n’est plus essentielle pour élaborer une poétique des ruines, qui tient chez Robert davantage de la poétique du temps humain et de la nature, de ce qui remue perpétuellement, de ce qui menace aussi avec l’orage. Rêveur et lyrique, Denis Diderot s’exclame dans ses Salons de 1767 à propos du peintre : « Tout s’anéantit, tout périt, tout passe. Il n’y a que le monde qui reste. Il n’y a que le temps qui dure. Qu’il est vieux ce monde ! Je marche entre deux éternités ». Denis Diderot comprend que Robert évoque un « vieux monde » au bord d’être chahuté.

Quant à la manière propre au peintre, Denis Diderot a su la décrire avec précision dès 1767 : « L’air y est épais, la lumière chargée de la vapeur des lieux frais et des corpuscules que des ténèbres visibles nous y font discerner ; et puis cela est d’un pinceau si doux, si moelleux, si sûr ! C’est un effet merveilleux produit sans effort. On ne songe pas à l’art, on admire, et c’est de l’admiration même que l’on accorde à la nature. ». À la loupe, on discerne en effet un pinceau moelleux, aucune rigidité de perspective, des effets atmosphériques rendus par des touches fondues.

Morwena Joly, conservateur du patrimoine

 

François-André Vincent (1746-1816), Portrait de monsieur Bergeret de Grancourt (1715-1785), 1774. Huile sur toile, 61,5 x 47,5 cm. Besançon, musée des beaux-arts et d’archéologie © Wikipedia

 

Hubert Robert (1733-1808), Les Cascatelles de Tivoli, 1768. Huile sur toile, 76,5 x 93,5 cm. Pau, musée des beaux-arts © Wikipedia

 

Hubert Robert (1733-1808), Les Cascatelles de Tivoli, 1776. Huile sur toile, 50 x 74 cm. Paris, Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris © Parismusées

Œuvre à la loupe

 

 

 

 

 

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