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La baie de Naples en 1820 par Jean-Joseph-Xavier Bidault

Jean-Joseph-Xavier Bidault (1758-1846), Eruption du Vésuve depuis la baie de Naples, 1820. Huile sur toile, 410 x 226 cm. Château de Maisons-Laffitte © Reproduction Philippe Berthé / CMN

Documentation

La grande salle du premier étage était ornée à l'origine de tapisserie, déposées lors de la Révolution Française. Aujourd'hui, les entre-fenêtres sont ornées de paysages d'Italie réalisés par les peintres Jean-Joseph-Xavier Bidault et Jean-Victor Bertin et commandés par Jacques Laffitte en 1818-1820.

Marie-Madeleine Aubrun, « La tradition du paysage historique et le paysage naturaliste dans la première moitié du xixe siècle français », L'Information d'histoire de l'art, no 2, 1968, p. 63-72.

Anna Ottani Cavina, Paysages d'Italie, les peintres du plein air, Paris, RMN, 2001.

Suzanne Gutwirth, « Jean-Joseph Bidauld. Une sensibilité néoclassique », Jean-Joseph-Xavier Bidauld (1758-1846). Peintures et dessins, cat. exp. Carpentras, musée Duplessis ; Angers, musée des Beaux-Arts ; Cherbourg, musée Thomas-Henry, 1978, Nantes, imp. Chiffoleau, 1978.

Désiré Raoul-Rochette, « Notice historique sur la vie et les ouvrages de M. Bidault », 6 octobre 1849, Procès-verbaux de l'Académie des beaux-arts, 1845-1849, Paris, École des Chartes, 2008, t. VIII, p. 456-457.

Œuvres en rapport

Le Grand Prix de Rome de Paysage historique est créé en 1816, à l'instigation des peintres Anne-Louis Girodet-Trioson (1767-1824) et Pierre-Henri Valenciennes (1750-1819). Il se tient tous les quatre ans jusqu'en 1863, année de sa suppression. Les lauréats doivent répondre aux exigences de l'Académie pour le traitement pictural, la composition et les effets de lumière mettant en scène le sujet mythologique ou religieux devant justifier la présence du paysage. Jean-Joseph-Xavier Bidault participe pleinement à cette promotion et livre dans cette toile un parfait exemple de paysage historique.

L'actualité du sujet est pour ainsi dire « brûlante », mais Jean-Joseph-Xavier Bidault y fait également référence à Pline l'Ancien ainsi qu'aux faits historiques rapportés par son neveu. Se mêlent donc dans cette composition deux niveaux de lecture, une contemporaine et une érudite.

La lecture contemporaine est primordiale, car il faut replacer cette toile dans la profusion des écrits sur les éruptions du Vésuve et la véritable fascination qu'il produit chez les écrivains, les amateurs d'art ou les naturalistes. Après la grande éruption du Vésuve de 1779, hautement symbolique puisqu'elle survient 1700 ans après celle qui a détruit Pompéi en 79, une autre encore plus terrible intervient en 1794 : après une puissante explosion de cendres dans le cratère, une large cassure s'ouvre sur un des flancs du volcan, et détruit une partie de la commune de Torre del Greco. Le volcan se manifeste de nouveau en 1806.

Dès 1804, Chateaubriand fait l'ascension du Vésuve, et son récit paraît partiellement dans le Mercure de France en juillet 1806, puis de façon définitive dans le Voyage en Italie paru en 1827. Au moment où Chateaubriand visite Naples, l'excursion au Vésuve est passée du statut de curiosité archéologique à celui de journée d'aventure, car le cône recouvert de lapilli et de cendres ressemble à du « sable ardent », selon l'expression de Lalande. L'ascension du Vésuve, passage obligé du voyage en Italie et objet traditionnel de récit, est pour Châteaubriand l'occasion de méditer sur l'histoire et la mémoire, comme dans le tableau de Bidault, mettant en avant l'inquiétude des familles, femmes, enfants, vieillard, attendant un bateau pour échapper au désastre.

Cette représentation est aux antipodes des volcans enchanteurs et incandescents de Volaire, ainsi que des écrivains qui magnifient à sa suite le phénomène. Pour le marquis de Sade, le Vésuve est éruption érotique de pierres (Sade, Œuvres, t. 3, Paris, Gallimard, 1998, Histoire de Juliette, p. 1102). Pour Dupaty, il provoque l'« extase. Ce désert ! Cette hauteur ! Cette nuit ! Ce mont enflammé ! Et j'étais là. » (Charles Dupaty, Lettres sur l'Italie, en 1785, t. 1, Paris, Froment, 1827, p. 58-59). La peintre Elisabeth Vigée-Lebrun s'émerveille devant la « cascade de feu » (Souvenirs de Madame Louise-Élisabeth Vigée-Lebrun, t. 2, Paris, Fournier, 1835, p. 107) tandis que Madame de Staël s'enthousiasme devant « le fleuve de feu » dans Corinne (Livre IX, Chap. III, 1807), frappée par son ascension du Vésuve en 1807.

Le choix de représenter une éruption du Vésuve depuis la baie de Naples est fréquent chez les peintres napolitains livrant aux touristes des gouaches-souvenir d'un événement récurrent dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle, et la composition du peintre se réfère en ce sens à l'actualité. Pour le spectateur lettré, l'œuvre de Jean-Joseph-Xavier Bidault évoque aussi, au-delà des gouaches du Vésuve rapportées en masse du voyage en Italie, la mort de Pline l'Ancien par le biais des personnages du premier plan, attendant le secours d'un bateau, même si ces derniers ne sont pas vêtus à l'antique.

Le 24 août de l'an 79, les habitants de Misène découvrent à l'autre bout de la baie de Naples, une colonne de cendres jaillissant vers le ciel. Pline l'Ancien, militaire devenu administrateur mais aussi naturaliste, apercevant la colonne de fumée, embarque à bord d'un petit bateau afin d'étudier le phénomène au plus près. Il se ravise à la suite des messages désespérés parvenus de Pompéi et décide d'envoyer douze navires à la rescousse des habitants menacés, s'étant vu récompensé en étant nommé à la tête de la flotte impériale basée à Misène.

Trente années plus tard, Pline le Jeune fait le récit cette journée à la demande de l'historien Tacite : « Il [Pline l'Ancien] se précipite à l'endroit que les autres fuient, court droit au danger, maintient le cap dans cette direction et, loin de céder à la peur, dicte et note lui-même l'évolution et les divers aspects de la catastrophe au fur et à mesure de ses observations ». Les bateaux s'approchent du rivage où des habitants de Pompéi se massent, mais la mer étant déjà encombrée de morceaux de roche que le cratère expulse, Pline doit se replier un peu plus au sud, pensant trouver refuge à Stabies.

Pendant la nuit, la colonne éruptive a continué de s'élever, poussée par la pression des gaz, avant de s'effondrer brutalement, provoquant une nuée ardente. Une coulée pyroclastique, ensevelit d'abord Herculanum. Au lever du soleil, Pline découvre l'apocalypse : Pompéi est couverte de pierre ponce, retenant prisonniers ceux qui n'ont pu partir à temps. Au matin, Stabies est à son tour gagnée par une nouvelle coulée pyroclastique. Pline tente de fuir par la mer, mais il est rattrapé par les nuées de gaz toxique. « Ensuite, des flammes qui parurent plus grandes, et une odeur de soufre qui annonçait leur approche mirent tout le monde en fuite. Il se lève, appuyé sur deux valets, et dans le moment tombe mort », relate Pline le Jeune.

Morwena Joly, conservateur du patrimoine

 

Charles François Lacroix de Marseille (1700-1782), Eruption du Vésuve depuis la baie de Naples, 1770. Huile sur toile, 28 x 41 cm. Collection particulière

Œuvre à la loupe

 

 

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