Les jardins du château en chantier

15 juin 2020 Chantier

Le vaste chantier de réaménagement des jardins du château de Maisons démarre en juin 2020 pour une durée d’au moins une année.

     

Le projet

Profondément remanié au cours de l’histoire et significativement réduit en raison de l’urbanisation de Maisons-Laffitte, le parc du château a beaucoup perdu de sa valeur paysagère et sa rénovation était attendue depuis longtemps. Son état actuel, qui représente 2% de la surface d’origine, est une reconstitution des années 60. Elle ne comporte que très peu de matière historique, à l’exception du bassin et du tracé de la terrasse sud. Le projet doit donc tenir compte de « ce que l’on peut faire dans ce cadre où les perspectives sont courtes et le voisinage trop présent », pour citer Stefan Manciulescu, l’architecte en charge du projet. «Au 17e siècle, cet endroit donnait sur la campagne. Le rapport de force est aujourd’hui inversé. Il faut en tenir compte et y remédier » précise Louis Benech, paysagiste du projet.

Le projet a donc pour ambition de redonner au parc son rôle d’écrin végétal pour le château.

L’écrin sera façonné par la restitution de certains aménagements et parcours anciens, la densification des plantations d’alignement, en particulier en fond de perspective. Côté sud, l’engazonnement de l’allée centrale, la création d’une vaste prairie fleurie et l’installation sur la terrasse de bacs et d’arbustes augmenteront les surfaces vertes au détriment des éléments minéraux et seront une invitation à la promenade

Le projet comprend également la restauration des ouvrages de maçonnerie tels que le mur de soutènement de la grande terrasse, les emmarchements au fond du parc, le bassin, ainsi que la création de bancs en pierre et l’achèvement de la restauration des grilles de clôture et des accès à la cour d’honneur.

La rénovation des jardins est conduite sous la maîtrise d’œuvre de l’Architecte en Chef des Monuments Historiques Stefan Manciulescu, du paysagiste Louis Benech, et sous la maîtrise d’ouvrage du Centre des monuments nationaux. Elle bénéfice d’un important mécénat de compétence de l’entreprise Lefèvre du groupe Aurige.

    

Rencontre avec les deux protagonistes de ce chantier d’envergure : Louis Benech, paysagiste et Stefan Manciulescu, architecte en chef des monuments historiques.

Propos recueillis par VINCENT FREYLIN, chef de projet éditorial, responsable de la communication interne

Monuments nationaux, le magazine : Quel état des lieux avez-vous dressé du domaine considérablement dénaturé depuis l’édification du château au XVIIe siècle ?

Stefan Manciulescu : Avec Maisons, on a la chance d’avoir un château du XVIIe siècle, œuvre  de François Mansart (1598-1666), ce qui est une rareté. Il y a peu de projets qu’il a pu achever. C’est aussi un domaine dont il ne reste de nos jours que 2 % de la surface d’origine.

Louis Benech : Maisons est un endroit qui est agressé comme peu le sont. Lorsque l’on est sur la terrasse, on ne voit au-dessus des arbres taillés en rideau que des têtes d’immeubles construits sans aucun égard pour le château et la circulation le soir sur le pont donne l’impression que les camions vont entrer dans le jardin. Ce qu’on lit du domaine aujourd’hui, c’est de l’anarchie visuelle.

M. N. : Comment avez-vous abordé le projet de requalification ?

S. M. : Avec Louis Benech, on s’est très bien entendus sur l’analyse et sur là où notre effort devait porter. L’aménagement actuel est une reconstitution des années 1960. Il y a très peu de matière historique à l’exception du bassin et du tracé de la terrasse sud. On n’est plus du tout dans l’ampleur ni dans le souffle de l’origine. Il faut tenir compte de ce que l’on peut faire dans ce cadre où les perspectives sont courtes et le voisinage trop présent.

M. N. : Quel est le principal parti pris pour le réaménagement du parc, quels en sont les enjeux ?

L. B. : D’une manière générale, je m’intéresse à la perception de l’intérieur. Il faut trouver le point de vue par où on arrive à cumuler le plus de choses qui vont vous projeter dans une image exacte de ce qu’était l’histoire du lieu. Je ne suis pas dans le concept mais dans le regard, le regard de celui qui ne sait pas. Ce que je me suis permis de faire à Maisons, c’est d’être irrespectueux à l’égard de l’histoire tout en gardant un peu de formalités en faisant, par exemple, que les tilleuls laissés libres pour masquer les constructions postérieures environnantes soient doublés par un alignement de tilleuls taillés en rideau à la façon du XVIIe siècle. Quand je suis dans le château, j’ai envie d’y être vraiment sans être perturbé par des éléments incongrus à seulement quelques mètres. Quant à la « prairie » en contrebas de la terrasse sud, on peut y réinsuffler quelques graines de vivaces, surtout pas d’annuelles. Je ne veux pas de labour. Je veux que tout soit fauché. Il y aura deux fauches par an pour ce qui sera haut et toutes les semaines sur ce qui est bas. J’aimerais que cette « prairie » qui entoure le bassin soit suffisamment agréable pour que les visiteurs aillent jusqu’au bout pour avoir la jolie lecture sur le château. Sur la terrasse, je prévois une alternance de vrais bacs dans lesquels se trouveront des arbres qui pourront rester là en toute saison et de faux bacs composés d’un bloc d’if taillé avec en son centre un arbuste à fleurs estivales. Ces deux derniers étant en pleine terre. Cette densification par un élément végétal sera une invitation à s’y promener.

S. M. : Le poids de l’urbanisme sur ce domaine nous a poussés à réduire les surfaces de gravier et à augmenter les surfaces vertes. On ferme un petit peu l’écrin végétal afin que ce château puisse exister. Qu’est-ce que le château voit lorsqu’il regarde vers la ville ? C’est cela aussi qui nous intéresse.

L. B. : Dans ces grands espaces minéraux qui ont toujours existé, il est de même nécessaire d’avoir des projections d’ombre et quelque chose qui est plus adapté à une forme de quiétude recherchée par le visiteur. Au XVIIe siècle, cet endroit donnait sur la campagne. Le rapport de force est aujourd’hui inversé. Il faut en tenir compte et y remédier.

M. N. : Quelles vont être les principales étapes du chantier ?

S. M. : Par rapport au projet global qui a été fait avec Louis Benech, il a été convenu avec le CMN de lancer l’essentiel du projet. Autrement dit le fond de perspective (terrassement), la prairie, la terrasse sud et l’achèvement de la cour d’honneur. C’est un chantier qui est découpé en une dizaine de lots.

M. N. : Le projet de requalification globale comporte une partie importante consacrée aux ouvrages de maçonnerie qui semble s’inscrire dans une forme de continuité des redécouvertes et des travaux réalisés dans les années 1960 par l’architecte en chef des monuments historiques Robert Vassas. Pouvez-vous nous en dire plus ?

S. M. : Dans le projet de requalification des abords, il y a un volet qui concerne les murs de clôture et les grilles que l’on va poursuivre, après la restauration du portail d’honneur et de la grille côté rue (achevés à l’été 2019). Cet accompagnement touche également la terrasse sud, qui, elle, possède un grand mur de soutènement faisant l’objet d’une opération de mécénat (voir encadré). C’est par ailleurs une redécouverte de ces espaces puisque cette terrasse est flanquée de deux pièces de fraîcheur.

L. B.: On doit à Robert Vassas de les avoir restituées. C’est complètement intime comme échelle par rapport à la grandeur du parc. L’idée est d’en faire un vrai lieu de jardin avec cet équilibre entre grandeur et intimité important autant à l’extérieur qu’à l’intérieur de la « maison ». Aujourd’hui, peu de gens vont dans la partie basse du jardin. Ces espaces sont encore des invitations à la découverte et à la flânerie loin de la ville. Le bassin joue en outre un rôle avec son effet de miroir depuis la terrasse. C’est un geste très fort. 

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